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Prix littéraire pour la Jeune nouvelle obtenu par une élève de 4ème 2

Par GENEVIEVE THOMAS, publié le vendredi 9 avril 2021 10:05 - Mis à jour le samedi 10 avril 2021 18:05

Jeanne-Camille Armanet, élève de 4e2, remporte le 2e prix du concours littéraire de la jeune nouvelle, organisé par l'AMOPA (Association des Membres de l'Ordre des Palmes Académiques) avec sa nouvelle "Onde". Félicitations !

ONDE

Ile inconnue, sur une plage de sable blanc, quand la rosée du matin n’a pas encore séché :

C’est le froid qui me réveilla. Mes jambes trempant encore dans l’eau semblaient figées dans une position immuable. J’ouvris les yeux avec peine car même si les rayons de soleil ne réchauffaient pas le sable immaculé de cette plage, les nuages étaient très lumineux, ce qui troublait ma vision. C’est pourtant le vent qui m’encouragea à me redresser. Son souffle contre mes vêtements humides les rendait glacials. Je redressai mon buste, calée entre mes coudes et observai l’océan devant mes yeux. Au loin, de rares rayons de lumières éclairaient des rideaux de pluie qui semblaient accrochés au-dessus de l’élément liquide. Je me relevais non sans difficultés pour regarder où j’avais échoué. La forêt s’étendait à perte de vue. Les arbres, recouverts de jeunes pousses vertes, formaient un bloc compact qui semblait infranchissable. Je dus me rendre à l’évidence, la seule façon d’accéder au centre de l’île était de marcher dans cette forêt inconnue.

Ile inconnue, quatrième pin à gauche puis à droite au huitième rocher, quand les rayons du soleil brûlent les rétines et font disparaître les ombres :

J’étais perdue dans mes pensées quand j’atteignis une clairière où je n’aperçus pas tout de suite une grotte, dissimulée par des ronces. Je m’approchais, découvrant une source limpide qui s’écoulait entre des galets roulés et polis par l’onde. Je ne m’étais pas rendue compte à quel point ma bouche était sèche. Formant un creux avec mes mains je me délectais d’une eau sans arrière-goût et fraiche. Je cueillis quelques mûres avant d’aller explorer la cavité rocheuse. Elle était assez grande pour y être à l’aise et s’y reposer. J’entrepris d’aller ramasser des plaques de mousse pour former un matelas.

Ile inconnue, sur le chemin du retour de la grotte, quand les rayons rouges sang du soleil éclaboussent la Terre de leur lumière :

Tandis que je marchais mon esprit vagabonda : « Comment avais-je pu arriver là ? Par quels moyens ? Sur quelle distance ? Pour quelles raisons ? Et surtout, à partir d’où ? » Pendant que mon esprit formait toutes sortes de conjectures aussi improbables que terrifiantes, mon pied rencontra soudain une racine et je m’étalai de tout mon long au sol. Une pierre m’entailla l’index, formant une coupure rose qui ne tarda pas à virer au rouge. Je serrai le bout de mon doigt contre mon pouce pour stopper le saignement.  Me redressant, j’observais le cristal. C’était une magnifique gemme d’un bleu aussi profond que celui de l’océan, aussi limpide que l’eau d’une source  et aussi fragile que les ailes d’un papillon. Ma trouvaille n’était pas plus grande qu’une phalange mais rien n’équivalait sa beauté. Quand je l’effleurai du bout des doigts, un fourmillement me parcourut l’échine. Un bruit indescriptible emplit mon crâne, mélange d’une corne de brume et d’un sifflement strident. Ma vue se constella de taches noires, m’empêchant de voir correctement. Je tombai à genoux, ce son affreux régna pendant une dizaine de secondes puis disparut aussi vite qu’il était venu. Je saisis l’étrange pierre puis remarquai qu’une infime partie de celle-ci s’était colorée de noir. Un sentiment de danger s’empara de moi et je m’enfuis en courant, abandonnant derrière moi la mystérieuse gemme.

Ile inconnue, dans la grotte, quand l’obscurité règne et que la peur monte :

Cette nuit-là j’eus beaucoup de mal à m’endormir. Le sommeil me fuyait comme un lapin qui détale devant un renard affamé. Les murs semblaient me prendre en étau et la bise qui agitait les branches d’un arbre à l’entrée de ma cachette ne me tranquillisaient pas. Quand je pus enfin fermer les yeux, ce fut pour me retrouver dans un songe des plus étranges. Je me trouvais dans une grotte éclairée par la lumière blafarde de la lune. Devant moi, se trouvait un autel, roche devenue rouge, scarifiée de runes gravées et monté sur un piédestal de quartz. Une étrange femme croisa mon  regard tandis que je détaillais le funeste plateau. Elle était vêtue d’une robe blanche, une ceinture brodée de fils d’or lui enserrait la taille. La mystérieuse apparition portait dans sa main un petit écrin de jade dont la serrure n’était qu’une mince fente. Ses premiers mots me furent incompréhensibles mais petit à petit, ses phrases me parurent claires. Elle m’expliquait que nous étions les dernières descendantes d’une lignée de nymphes, qu’il était temps que je la relève de ses fonctions car elle était fatiguée et que je devais prendre le relai. Abasourdie, je la vis extirper des plis de sa robe, coincée dans sa ceinture, une dague creuse dont la garde se terminait par une petite ouverture. Complètement estomaquée, je la vis se planter la dague dans la main. Instantanément, un filet écarlate filtra par la garde de l’arme. Elle approcha sa main de l’écrin et fit couler quelques gouttes de son sang dans la serrure. Dans un déclic, le couvercle se souleva, découvrant son trésor. C’était la pierre bleue. Elle était montée sur une chaîne en argent finement ciselé. L’inconnue prit le bijou dans la paume de sa main ensanglantée et me le tendit. Elle me dit que dès l’instant où ma peau toucherait la pierre, son corps se désintègrerait et que tout son savoir serait transmis au collier. Croyant que ce n’était qu’un rêve banal, je saisis la pierre. Au même moment, la femme se désintégra et une sphère argentée vaporeuse se dirigea vers moi. Paniquée, je vis que mes pieds ne touchaient plus le sol et que je flottais dans les airs, la sphère m’entourant d’un cocon de lumière. Submergée par la peur, je m’évanouis.

Ile inconnue, dans  la grotte, quand les nuages sont encore teintés de rose et que la brume n’est pas encore levée :

Le réveil fut brutal. Quand j’ouvris les paupières, ma chevelure couleur cuivre avait disparu cédant la place à de longs cheveux d’une couleur semblable aux nuages. La blessure de mon index s’était refermée, ne laissant aucune cicatrice. Je portais aussi à mon cou le collier de mon rêve. Je parcourus nerveusement la chaîne du bout du doigt à la recherche du fermoir. Aucune trace de celui-ci, cependant la chaîne était trop courte pour que je puisse la retirer en le passant par-dessus ma tête. Résignée, je me redressai sur mon lit de fortune, étirant mon dos pour faire craquer mes vertèbres. Je parcourus la grotte du regard, soudain mes yeux s’arrêtèrent sur le plafond. Des éclats lumineux accrochaient la lumière solaire, brillant comme des étoiles. Perturbée par cette nouveauté, je sortis hors de la cavité rocheuse. Le cours d’eau semblait m’attirer comme un aimant. Je décidai d’y tremper mes pieds. Marchant dans l’onde, je ne remarquais qu’au bout de quelques secondes que mon pantalon n’était pas mouillé. Aucune trace d’humidité ne striait le tissu. Après hésitation, je me penchais vers l’avant pour faire courir mes doigts à la surface de l’eau. Je ressentais la sensation de fraîcheur mais pas celle de l’humidité. Je recueillis un peu d’eau limpide au creux de ma paume et je fis couler le liquide dans ma gorge. Comme par miracle, l’eau dessécha ma bouche et me désaltéra. Tandis que je relevais mon buste, je vis un animal qui m’observait. C’était un loup. Sa douce fourrure grise prenait des reflets argentés au soleil. Il ne me regardait pas férocement et sur un coup de tête je décidai de m’approcher de lui. Quand ma main fut à quelques centimètres de son museau, il avança sa truffe pour sentir mon odeur. Nullement terrifiée, je déviai vers la gauche pour aller caresser son flanc. Son poil était soyeux, son œil brillant d’intelligence, ses longues pattes et son corps élancé lui donnaient une allure royale. Puis il ouvrit la bouche pour prononcer ces mots :

« - Je vois que vous n’avez pas peur de moi. Vous portez aussi le Collier de l’Eau. Je dois en déduire que vous êtes la nouvelle nymphe de l’eau…Je m’appelle Zaïn, je suis le protecteur des nymphes de cette île, » marmonna le canidé.

Puis il se détourna et s’engouffra dans la forêt me laissant perplexe.

Ile inconnue, dans la grotte, quand la lune est haut dans le ciel et que les ombres deviennent terrifiantes :

Cette nuit là, je rêvais de Zaïn. Nous étions dans la grotte de la mystérieuse apparition de la nuit précédente.  Il se rapprocha de moi pour me parler.

« - Nous sommes dans la Grotte Sacrée. Seuls les Protecteurs on le droit de savoir son emplacement. Vous vous êtes réveillée ici pour pouvoir vous entrainer à l’hydrokinésie. Vous avez pu vous rendre compte hier que vous pouviez vous déplacez dans l’eau sans vous mouiller…Vous apprendrez aujourd’hui à rassembler l’humidité de l’air pour faire de l’eau, » dit Zaïn.

L’étrange loup m’apprit à me concentrer pour imaginer des milliards de gouttelettes d’eau voletant autour de moi, pour leur faire former des orbes flottant au dessus de ma paume. Ensuite, voyant que je faisais d’énormes progrès, il m’expliqua comment créer n’importe quelle forme avec l’onde. Il me demanda de me reposer la journée et de ne pas faire beaucoup d’efforts car l’hydrokinésie demandait beaucoup de concentration. Zaïn me donna donc rendez-vous la nuit suivante dans la Grotte Sacrée.

Ile inconnue, dans la Grotte Sacrée, quand le soleil couchant cède sa place aux étoiles et que les murmures des arbres vous glacent le sang :

Comme prévu, j’attendais mon Protecteur dans la Grotte Sacrée. Zaïn prenait son temps et les minutes s’égrenaient. Je m’assis sur les marches menant à l’autel, les jambes trop faibles pour me porter. Pour faire passer plus vite le temps, je décidais de former  de petits orbes d’eau que je faisais s’écraser contre le piédestal. Leur bruit mat me réconforta et combla le silence qui oppressait le lieu. Ce fut à ce moment que Zaïn décida d’apparaitre…sur la trajectoire d’une des balles. D’un geste dédaigneux de la truffe, il envoya valser le projectile pour le faire s’écraser contre ma figure. Tandis que je décollais les mèches trempées de mon front, il ouvrit la bouche.

« - Vous savez mademoiselle, vous pouvez vous sécher instantanément grâce à votre pouvoir. Vous auriez pu aussi faire changer d’état l’orbe que vous avez créé en le rendant gazeux. C’est cela qui m’inquiète. Vous n’utilisez pas votre pouvoir instinctivement, » prononça mon Protecteur.

Confuse, j’entrepris de me sécher. Ne sachant que répondre à ces paroles, je baissai les yeux.

« - Vous voyez, au lieu de me contredire, vous vous laissez humilier en silence alors que vous avez d’immenses pouvoirs comparés au miens. Je vais donc vous apprendre à vous défendre. En sachant que la meilleure défense est l’attaque. Sur ce fait, nous allons commencer, » dit Zaïn

Quelques secondes après, il conjura un immense orbe qu’il fit léviter devant son museau avant de le lancer dans ma direction. Le gigantesque globe fila dans ma direction. Le Collier de l’Eau se mit à me brûler la peau. Une intuition sauvage se réveilla en moi. Je me mis à flotter en l’air. D’un claquement de doigt, je transformai l’orbe en glace puis d’un mouvement de poignet je le renvoyai vers son créateur. Surpris, Zaïn n’eut d’autre choix que de se jeter vers la droite pour éviter le projectile qui alla s’écraser sur la paroi dans un craquement sonore. Le loup se redressa puis en gémissant il dit ceci :

« - Votre pouvoir s’est enfin révélé. Vous allez pouvoir vous défendre contre les dangers qui vous guettent … »

Avant d’avoir pu lui poser aucune question, il disparut.

Ile inconnue, dans la Grotte Sacrée, quand le ciel est complètement noir et que l’on ne voit même plus les étoiles :

Cette nuit-là, Zaïn ne vint pas au rendez-vous mais un parchemin laissait une trace de son passage. Il était fiché au mur grâce à un pic de glace. Dessus, il était écrit ces mots :

« - Un combat important vous attend préparez-vous. Ne comptez sur personne, vous n’êtes en sécurité nulle part. »

Ces phrases étaient écrites avec une encre rouge qui ressemblait étrangement à du sang.

Ile inconnue, dans la grotte, quand le jour pointe et que l’herbe est encore humide :

J’avais peur, très peur. Pourquoi Zaïn n’était-il pas venu ? De quel combat parlait-il ? Mes pensées furent coupées net par l’arrivée de Zaïn qui se matérialisa en face de moi.

« - Vous devez venir, et vite. Un géant attaque l’île ce qui vous met en danger, » débita le loup d’une seule traite.

Puis, il m’attrapa la main dans sa mâchoire avec douceur et nous nous évaporâmes pour nous rematérialiser sur une falaise surplombant la mer. En contrebas des rochers, les vagues déferlantes s’écrasaient contre la muraille de terre dans un grondement, projetant des embruns dans les airs. A proximité d’autant d’eau, je sentis un picotement agréable me parcourir les bras. Ce fut l’arrivée du géant qui me tira de ma léthargie. Il mesurait environ deux mètres et demi de haut, portait une armure de bronze qui semblait être une deuxième peau et tenait à la main une longue dague dentelée incrustée de rubis, de grenats et de cornalines. Il me fusilla du regard. Son iris roux était bordé d’orange. Ce fut lui qui attaqua le premier. Il fit une cloche avec son arme pour éviter les canines acérées de Zaïn et m’atteindre en plein cœur. Mon instinct sauvage reprit le dessus et profitant d’une déferlante, je la déviai pour former un mur entre la lame et mon corps. Le monstre, légèrement étonné, retenta une attaque mais cette fois en direction de Zaïn. Pris de court, celui-ci ne pouvait ni reculer ni éviter la lame car elle se rapprochait à trop grande vitesse. Mue par la peur, je me jetai en direction de mon Protecteur pour le plaquer au sol, le protégeant de mon dos. Le temps sembla se figer.

« La dernière nymphe allait-elle mourir d’une façon aussi ridicule, en tentant de protéger son garde ? » L’humidité de l’air ne se posa pas la question avant de se transformer d’elle-même en un champ de force de glace pour m’abriter ainsi que Zaïn.

Je fus surprise qu’aucune lame ne me coupe en deux. Ce fut pourtant des centaines d’éclats de glace qui se plantèrent dans mon dos. Leur pointe était profondément enfoncée dans ma chair et les gouttes de sang coloraient la glace en rouge.  A intervalle régulier, une goutte écarlate allait imbiber l’herbe. Je me redressais non sans mal. Heureusement, le géant nous laissait du répit car il était harcelé par les vagues qui fonçaient vers lui. Je me redressais laissant à Zaïn assez d’espace pour se relever. Sa fourrure argentée était mouchetée de mon sang. Il me fixa droit dans les yeux en disant :

« - Jamais vous n’auriez dû me protéger. Ma vie est bien insignifiante par rapport à la vôtre. 

 - C’est à ça que servent les amis » lui répondis-je d’un ton égal en haussant les épaules.

 - Nous ne sommes pas amis. Je suis là pour vous protéger ! », s’indigna mon Protecteur

Sur ces paroles, il sauta sur l’immense créature la gueule ouverte et les crocs luisants. Je fis retourner les vagues à la mer puis j’invoquai une demi-douzaine de lances de glace. Avec précision, je les lançai chacune leur tour dans l’œil, la cuisse, la poitrine ou encore le pied du géant. Puis, le monstre arracha une hampe fichée dans sa cuisse.  Il la prit dans sa main droite et  la lança avec une force exceptionnelle. Zaïn, comprenant le danger qu’elle représentait se jeta en travers de sa trajectoire. L’arme transperça son flanc pour le traverser de part en part. Zaïn s’effondra au sol dans un bruit mat. Soudain le géant lança un deuxième trait qui fit mouche. La flèche de glace s’enfonça dans mon épaule, pulvérisant l’os. Je fis fondre la glace pour la rendre liquide, laissant béante ma blessure sanguinolente. Sentant mes forces me quitter, je me dirigeais vers mon Protecteur. Un filet de sang coulait de sa gueule entrouverte et une mare poisseuse et rouge s’étendait sous son corps. Le géant laissant souffrir ses cibles, nous regardait trépasser en astiquant sa dague, nous fixant d’un air moqueur.

« - Surtout…ne restez pas là…ou il va…vous achever, murmura le pauvre loup qui au bout de ses forces, peinait à prononcer les mots.

 - Il ne faut…jamais…compter…sur…les autres…vous seule…pouvez…vous sauver » poursuivit-il d’un air peiné.

Tout à coup, sans prévenir, l’immense créature leva sa dague. Au même moment, les nuages s’écartèrent pour laisser filtrer un rayon de soleil qui illumina, l’océan. L’étendue salée manifestait sa fureur en fracassant sur la côte de puissants flots destructeurs. Elle continuait de se battre même si elle savait que le combat était perdu. Je fus soudain prise d’une idée folle. Intimant à l’océan de former d’immenses vagues, je les fis inonder l’île. Une par une, elles recouvraient de plus en plus la terre pour n’y laisser que de l’eau. Puis, puisant dans mes dernières forces, je fis s’élever une immense vague qui détruisit tout sur son passage. Elle arrivait rapidement dans notre direction. Zaïn ne respirait plus et son assassin tremblait de terreur perché au sommet d’un arbre. Avant que l’eau ne nous atteigne, je fermai les yeux de peur de fuir devant la Mort.

Avant l’impact, un souvenir émergea. Le nom d’une île mystérieuse noyée sous les flots pour une raison inconnue…l’Atlantide.

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