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Interview d'Alexandre Peyrille, journaliste à l'AFP

Par NASSIERA TIJANI, publié le dimanche 21 juin 2026 22:22 - Mis à jour le mercredi 24 juin 2026 07:09
Jeudi 18 juin 2026, Alexandre Peyrille est venu à la rencontre des élèves de 403. Ce journaliste à l’AFP, aux mille et une vies et aux mille détours, a généreusement donné de son précieux temps pour répondre à leurs questions.

Jeudi 18 juin 2026, Alexandre Peyrille est venu à la rencontre des élèves de 403. Ce journaliste à l’AFP, aux mille et une vies et aux mille détours, a généreusement donné de son précieux temps pour répondre à leurs questions.

Merci à Emie, Hayden et Kaoutar pour leur remarquable travail de prise de notes et de transcription. 

  1. Vocation et parcours 
  •  Pourquoi et comment êtes-vous devenu journaliste ? Avez-vous toujours voulu faire ce métier ? Quel parcours ou quelles études avez-vous faits ?

 Je suis curieux : j'aime savoir, être informé et informer. J'ai su tardivement que je voulais être journaliste. Je me suis d’abord  inscrit en sciences éco, mais cela ne m'a pas plu, puis j'ai fait des études d’anglais. J'ai travaillé comme  serveur à Londres. Ensuite, j'ai préparé le concours d'école de journalisme. Je suis entré dans une école  à Bordeaux pendant 2 ans. J’ai fait plein de stages. Puis, par chance, j'ai pu commencer à travailler tout de suite à l'AFP. C’est ce qui me plaisait le plus.

  • Quels conseils donneriez-vous à un élève de 4eme qui veut faire comme vous ?

S'informer, être curieux, se cultiver, lire des livres et l'actualité, étudier les langues et maîtriser la langue française.  Bien suivre les cours de français et d’histoire aussi, c’est important.

La maîtrise de l'écrit est importante, mais ce n’est  pas essentiel dans toutes les formes de journalisme. Pour  le journaliste texte, c'est important évidemment. Pour un journaliste radio ou télé,  on peut s'en sortir.

Le plus important, c'est  l'envie de faire ce métier. Ensuite, les compétences, on peut les acquérir au fil du temps.

 

2. Le quotidien et l'envers du décor  

  • En quoi consiste votre travail au quotidien, notamment à l'AFP ? 

Il s'agit de répercuter une actualité pour des médias qui n'ont pas de présence dans la région ou le département.

En ce moment,  on est sur  des usines qui  risquent de fermer à Saint-Gaudens et à Tarascon. Ce sont des usines de pâte à papier. Beaucoup d'emplois sont en jeu. Lundi, on a couvert une l’inauguration d’une nouvelle chaîne d'assemblage d'Airbus pour l'A320. Ces derniers temps, la tristement célèbre histoire de Lyhanna nous a beaucoup occupés.

 

  • Travaillez-vous plutôt dans un bureau ou sur le terrain ? Quels sont vos horaires ? Les équipements vous sont-ils fournis ou devez-vous les acheter ?

J'ai plutôt un poste de coordination (fixe), mais des équipes sont envoyées sur le terrain. Les horaires sont variables. Le soir, j'espère tous les jours rentrer tôt, mais ça n'arrive pas souvent ;  quand on est journaliste, il faut accepter la flexibilité du métier.

Les photographes ont un matériel assez extraordinaire. Les équipements  fournis  sont de haute qualité et les modalités de transmission assez sophistiquées. Pour la télé, on a des caméras qui permettent de faire des couvertures en direct sur  les chaînes de télévision. Bien sûr, c'est mis à la disposition des journalistes  par l'entreprise.

  • Est-il fréquent de devoir partir en urgence ?

Oui c'est fréquent, pour un fait divers, un effondrement de pont, par exemple, qui tombe dans un ravin. Il y a eu ce grand incendie dans les Corbières, un des plus grands incendies de l'histoire. Il a démarré vers 20h. Alors que j'étais rentré chez moi,  je suis revenu au bureau tout de suite pour travailler, puis j'ai envoyé des journalistes sur place : un photographe, un caméraman, un journaliste texte... C'est absolument important pour nous d'être très réactifs  Parce qu'une agence de presse, c'est un média qui doit réagir vite et donner une information fiable et  vérifiée. Pour cela, il n'y a rien de mieux que d'être sur le terrain.

  • Quels sont les salaires dans ce milieu ?

On démarre autour  de 2 000 € par mois. Le salaire moyen d'un journaliste dépend de l'ancienneté, du média…  France 3 peut très bien payer, à la différence de  M6. 

  • Pourquoi M6 paie-t-elle  très mal ? La Coupe du monde est  pourtant sur M6.

Ce n’est pas parce qu'ils manquent d'argent. C’est un groupe très important, très riche, mais ils ne paient pas bien leurs employés. C'est un choix de rentabilité, une politique de ressources humaines…

 

3. Les expériences marquantes sur le terrain 

  • Quelles sont les choses les plus marquantes que vous avez vécues ?

Ma première mission à l’étranger, dans les années 2000, m’a le plus marqué. Au Kosovo, j’ai vu des réfugiés qui avaient dû quitter leur pays et qui revenaient dans leur village détruit  par les bombardements.

  • Êtes-vous déjà allé sur une scène de crime, sur un terrain de foot pour commenter un match, ou faire des interviews à l'étranger et avec des célébrités ?

J'ai couvert des conflits ainsi que des matchs de foot, mais jamais de scène de crime. 

J'ai travaillé sur des conflits au Kosovo, en Macédoine, en Afghanistan et en Irak. 

Pour le foot, j’ai couvert des matchs du TFC, bien sûr.  J'ai vécu en Argentine où j’ai couvert des matchs avec un petit numéro 10 que vous connaissez bien :  Messi.

 

  • Quel est votre meilleur souvenir en tant que journaliste ?

Mon meilleur souvenir, ce sont  mes articles pour La Dépêche du Midi, écrits  avant même d'être à l'école de journalisme, parce que  mon grand-père, qui achetait le journal, les lisait. C'est ma plus grande fierté.

  • Est-ce que vous avez déjà interviewé des célébrités ?

Pas tellement de célébrités comme vous l'entendez et que vous connaissez, comme Obispo lors d’un festival. Mais, comme personnalité connue de tous,  je pourrais citer Poutine.

 

4. Vérité, liberté et éthique 

  • Peut-on tout dire dans les médias, et est-ce que les journaux disent toujours la vérité ?

On ne peut pas dire n'importe quoi. Chaque média a ses préférences et ses censures  en fonction de ses idéologies politiques. 

  • Y a-t-il beaucoup de fake news à la télévision ?

Il y a plus de fake news sur les réseaux sociaux. Il faut savoir d'où vient l'information pour savoir si l'origine est fiable ou pas. Il faut que vous identifiiez un média qui vous plaît dans sa façon de répercuter l'information,  un média dans lequel vous allez avoir confiance. Ce n’est pas possible de s'informer de façon fiable et efficace si on scrolle juste  sur Internet. La provenance de l'info, c'est ce qu’il est capital d'identifier pour accorder ou pas sa confiance à ce qu'on lit ou ce qu'on voit.

C’est triste à dire, mais souvent, les contenus qui  génèrent le plus de clics ce ne sont pas les infos vérifiées. En effet, les fake news sont beaucoup plus rentables en raison des publicités. Ce sont également les histoires dramatiques qui font que les gens regardent la télé, malheureusement. On aime le sensationnalisme que l’on rabâche sur certaines chaînes. On dit souvent : les trains qui arrivent à l’heure, ça n’intéresse personne.

 

5. Les difficultés et le ressenti personnel  

  • Est-ce un métier difficile au quotidien et aimez-vous toujours autant le faire ? 

J'aime toujours ce métier,  il est passionnant. Quand j'étais jeune,  j'aimais partir en mission mais maintenant moins. C'est passionnant mais c'est usant. Il faut être passionné, sinon c’est insupportable. Ce qui est pesant, c’est d’être toujours sur le qui-vive, d’avoir toujours le portable allumé, même la nuit pour être toujours joignable.

  • Avez-vous déjà subi des pressions ou des menaces à cause de votre travail ? Aimeriez-vous changer de métier un jour ?

Il nous est arrivé de nous faire tirer dessus à la kalachnikov  au Kosovo. C’étaient des tirs de dissuasion pour nous interdire  d’aller sur une certaine zone. Des pressions ? Oui mais on a de la chance à l'AFP, car on peut dire non. On jouit de beaucoup de liberté.

Il y a d'autres métiers qui m'intéressent, mais laisser le journalisme ? Non. Je pourrais faire des choses en parallèle comme enseigner, transmettre. En ce moment, j’interviens dans une association qui aide des jeunes de milieux ruraux ou de banlieues à préparer les concours de journalisme. J’aime aussi donner des cours à la fac. Venir au collège me plaît aussi. 

6. Questions diverses

  • Etes-vous déjà allé sur des plateaux TV?

La dernière fois, c’était sur BFM pour un procès qui devait avoir lieu en Ariège. En Argentine, j’étais souvent sollicité pour des interventions concernant ce qui se passait en France.

  • Combien de langues parlez-vous ?

Je parle juste anglais et espagnol.

  • Et au Kosovo ? Vous parliez anglais ? 
    J’avais des traducteurs pour aller dans la zone serbe ou albanaise. En Irak, j’avais un traducteur qui traduisait l’arabe et un autre en Afghanistan pour le farsi. On apprend des rudiments de la langue juste pour se débrouiller dans la vie, mais le journalisme demande beaucoup de précision.

     
  •  Auriez-vous aimé être commentateur sportif ?
    Non, je préfère regarder les matchs avec des copains ou en famille.
  • Si votre travail vous appelle le week-end, vous êtes obligé d’y aller ?
    Oui, s’il y a une grosse actualité importante.
    Quand j’étais au Mexique, j’avais prévu de passer Noël à Mexico, et j’ai dû partir au Venezuela.
  • Quel est votre pire souvenir ?

Mon pire souvenir est une erreur que j'ai commise au Mexique. Un président de club de foot a annoncé qu'il allait recruter un joueur. J’ai vérifié l’information avec le directeur de la communication du club, mais on n’a pas réussi à joindre le joueur.  J’avais deux sources. Nous l'avons publié, c’était dans tous les journaux en France. Mais le joueur (Fabien Barthez) n'y est jamais allé. Il a démenti.  C'était une fake news.

  • Dans quels pays êtes-vous allé ?

               Je suis allé à Cuba, aux USA, en Haïti, au Costa Rica, au Panama, en Uruguay, au Pérou, au Royaume-Uni…  C'est l'AFP qui me paye tous les voyages. Moi qui aimais les voyages, la première fois que l’AFP a financé mon voyage, je me suis dit : « c’est top ! »

Mais le journalisme, c’est aussi intéressant quand on travaille pour un média local. L’information locale est tout aussi importante.

  • Quel pays avez-vous préféré ?

Le Mexique !

  • Etes-vous sollicité pendant vos vacances ?

Les vacances, c’est le seul moment où on peut déconnecter.  Sauf s’il se passe quelque chose d’extraordinaire, comme l’explosion de l’usine AZF, on doit rentrer travailler.

  • Quand vous êtes à l’étranger, est-ce que vous vous en profitez pour visiter ? 

Cela m’arrive. Par exemple quand j’étais en Irak pendant la guerre, j’ai pris une journée pour aller Jordanie et comme c’était la guerre, j’ai pu voir Pétra sans aucun touriste.

  • Dans la hiérarchie de l’AFP, où vous situez-vous ?

Je suis un petit chef de province. Notre hiérarchie est à Paris. J’organise le travail de mon équipe et les rencontres avec les personnes.

  • Est-ce possible de faire son stage de 3ème à l’AFP ?

Je ne le conseille pas car c’est trop abstrait. Mieux vaut contacter plutôt Ici Occitanie, La Dépêche du Midi, Milan Presse… Ou une radio. C’est plus intéressant pour un stage de 3ème

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Le mot des élèves: 

Nous avons trouvé cette intervention très intéressante et enrichissante. C’est une expérience marquante et constructive. La manière dont Alexandre Peyrille, journaliste à l'AFP, a présenté son travail nous a donné une vision plus positive de ce métier et nous a permis de mieux le comprendre. C'était très agréable d'écouter une personne parler de son expérience personnelle et de ce qu'elle a vécu en étant aussi passionnée ; c'est impressionnant de voir à quel point il aime son métier.

On a posé plein de questions et l'intervenant nous a répondu avec pertinence. On ne pensait pas qu'il allait répondre à toutes les questions posées, mais il nous a parlé de son travail et nous a fait découvrir le monde du journalisme, ses inconvénients et ses avantages. On a compris que le métier de journaliste n'est pas simple et qu'il est même parfois dur, mais ce n'est pas si mal car on voyage beaucoup et on peut rencontrer des célébrités.

Cela nous a également permis de découvrir ce qu'était concrètement l'AFP et quel rôle joue cet organe de presse. On s'est rendu compte que ce métier, qui malgré tout est présent très souvent dans notre vie au collège, sur les réseaux sociaux ou dans la rue, fait que tout peut être une source d'information.

Cette rencontre a  fait évoluer notre regard sur le journalisme, nous offrant une vision beaucoup plus  éclairée de ce secteur. Elle a même suscité de futures vocations en guidant les élèves intéressés sur les études et le parcours à suivre pour faire de ce métier. 

Nous tenons  à remercier chaleureusement  Monsieur Peyrille pour ce moment de partage et d'ouverture sur le monde.